d'en trouver. Que si les risques sont generalement communs
a tous les libraires qui produisent un livre pour la 1ere fois, ils
sont en particulier d'autant plus grands pour les libraires
parce que leurs frais de fabrique sont beaucoup plus considerables
qu'en aucun autre endroit, etant certain qu'il n'y a qu'en
Angleterre où les livres coutent autant a imprimer qu'a Paris.
Mais pour l'exemple des risques on y a la voie des
souscriptions qui n'est ni connue ni pratiquable en France
et qui met les libraires anglais hors de tout danger
d'echouer dans les plus grosses entreprises. Et les libraires
de Lyon ont cet avantage qu'il n'y a qu'a Venise où on imprime
a aussi peu de frais que chers de prix.
Mais le risque le plus grand est plus particulier pour les
libraires de Paris, et qui les doit pleinement justifier
de la cherté de les livres, ce sont les recompenses excessives
qu'ils sont obligez de donner aux auteurs, et le peu de seureté qu'ils
trouvent pour la seureté et l' ??? des privileges que le Roy leur
accorde, qui cependant est la seule recompense de leurs soins
et de leur industrie, et l'unique fondement sur lequel ils puissent
assurer leur etat. Un libraire qui aura acheté fort cher un ouvrage
nouveau, et qui est bien persuadé que si le debit en est bon, il
sera contrefait et distribué a son preiudice dans tous les
provinces du Royaume, a moins que de vouloir gager des
espions dans tous les lieux où l'on imprime, et soutenir des
proces infinis qui les ruineroient en depenses, et plus encore en perte
de temps, ne peut compter que sur la distribution qui s'y fera dans
la ville de Paris, laquelle d'ailleurs n'est pas impenetrable
aux livres contrefaits, si bien que pour retirer ses frais, et etablir
un prix a son livre, il faut qu'il raisonne ainsi. Si j'etais certain
que mon livre ne fut point contrefait, et que les libraires de province
n'en tirassent que de moi, j'en pourrais distribuer 6., 8. ou 90000
en reprendant sur ce nombre les 3., 4. ou 500 pistoles que j'ai donné a
l'auteur, chaque exemplaire ne seroit chargé que de 10 s[ous], et je
pourrais donner mon livre au public pour 40., mais etant obligé
de me renfermer au debit seul de Paris qui n'en consommera que
2. ou 3000. Exemplaires au plus, il faut que chaque exemplaire
soit chargé de 30 ou 40 s[ous] et que pour me dedommanger je vende
le livre 3 l[ivres] 10 s[ous] ou 4 l[ivres] Cette raison est trop sensible et trop
connue a nos Seigneurs du Conseil pour l'etendre d'avantage, et
pour faire toucher au doigt que les libraires sont les premiers qui